VE 444 Décembre 2021 Le rapport au temps


En ce temps-là le peuple venu auprès de Jean le Baptiste était en attente, et tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Christ. Jean s’adressa alors à tous : « Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi. Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. » Comme tout le peuple se faisait baptiser et qu’après avoir été baptisé lui aussi, le ciel s’ouvrit. L’Esprit Saint, sous une apparence corporelle, comme une colombe, descendit sur Jésus, et il y eut une voix venant du ciel : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. »
Le peuple était en attente. Il y avait, à l’époque, toute une effervescence religieuse.
La Palestine était sous le joug romain et les gens attendaient que se réalisent enfin les paroles des prophètes annonçant un Messie libérateur…Ils aspiraient à « autre chose »….et rien ne venait ! Un certain nombre d’entre eux entretenaient l’espérance messianique. Jean, le baptiste, répond à cette attente : il prêche un baptême de conversion et leur désigne le Messie : lui vous baptisera dans l’Esprit-Saint et le feu. Aujourd’hui, beaucoup de chrétiens se plaignent de ce qui ne va pas, de la pratique qui diminue : « ce n’est plus comme avant…le respect se perd»…
Et pourtant, beaucoup de gens ne baissent pas les bras, relèvent les défis, ne se replient pas sur eux-mêmes, portent le souci des autres, proposent des solutions pour une vie plus fraternelle. Ils ont soif de justice et de paix. Savons-nous voir ces attentes qui existent bel et bien aujourd’hui ? Tous ces gestes de vie et d’espoir ? Serons-nous des »révélateurs » d’un Dieu présent et agissant ?
C’est à cela que nous appelle notre Baptême. Nous sommes invités à redécouvrir la valeur de notre Baptême. Par ce sacrement, nous avons été « plongés » dans la mort et la Résurrection de Jésus pour vivre de sa vie. Ce qui confère une égale dignité à tous les membres du peuple de Dieu, quel que soit leur fonction ou leur « grade ». Ce qui nous appelle tous à la sainteté. Ce qui nous attelle tous à la même mission. C’est la prise au sérieux par tous de cette dignité de baptisés qui permettra le renouvellement de notre Eglise. Et cela aussi est une grande attente de beaucoup.
Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui. » En apprenant cela, le roi Hérode fut bouleversé, et tout Jérusalem avec lui. Il réunit tous les grands prêtres et les scribes du peuple, pour leur demander où devait naître le Christ. Ils lui répondirent : « À Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète : Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Juda, car de toi sortira un chef, qui sera le berger de mon peuple Israël. » Alors Hérode convoqua les mages en secretpour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ; puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. » Après avoir entendu le roi, ils partirent. Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient
les précédait, jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant. Quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une très grande joie. Ils entrèrent dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Mais, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.
Après les bergers, voici les mages, venus, eux, d’un pays lointain, l’Orient. Cet Enfant est venu pour tous les hommes et tous les peuples. Suivons le cheminement des mages.
Ces mages observent le ciel, ils ont vu une étoile et ils se sont mis en route. Ils cherchent, se renseignent. Les Saintes Ecritures parlent d’un village, Bethléem. Ils repartent tout heureux jusqu’au lieu où ils trouvent l’enfant : ils entrent, voient l’enfant et sa mère, se prosternent, reconnaissant ainsi la grandeur divine de cet enfant et offrent leurs présents. Et ils retournent chez eux par un autre chemin, ayant compris le projet destructeur d’Hérode. Un autre chemin aussi, parce qu’ils ne sont plus les mêmes qu’avant ; ils ont été transformés. Quel cheminement ! Comme chrétiens en ce XXIème siècle, ce même cheminement nous est proposé par l’accueil de notre Sauveur. Etre attentifs à ce qui se passe en nous et autour de nous pour déceler les signes qui nous sont faits. Nous mettre en route, « sortir » de chez nous, de nos horizons à courte vue, de notre routine, pour aller à la rencontre de l’Autre, des autres. Pour cela mettre en œuvre toutes nos ressources humaines, nos capacités de discernement et de décision, mais aussi savoir faire appel à d’autres pour nous nourrir de leur recherche, de leur foi, mais aussi faire appel à la Parole de Dieu pour éclairer notre marche…Autant de points d’ancrage solides pour nous permettre de trouver Celui que nous cherchons. Nous émerveiller et repartir transformés. Nous pouvons alors inventer du neuf, trouver d’autres chemins pour répondre aux attentes des femmes et de hommes d’aujourd’hui et leur faire connaître la Bonne Nouvelle d’un Dieu qui aime et sauve. Les défis aujourd’hui sont énormes. Mettons-nous en route les uns avec les autres, nous interrogeant mutuellement, nous référant à la Parole de Dieu. Sachons-nous émerveiller de ce qui se fait de grand et de beau, de toutes ces « petites mains », de ces ouvriers « en seconde ligne » qui permettent à la société, à l’Eglise de vivre, d’aller de l’avant. Quelles étoiles brillent en nos vies ? Quelles étoiles faisons-nous briller ?
Chaque année, les parents de Jésus se rendaient à Jérusalem pour la fête de la Pâque. Quand il eut douze ans, ils montèrent en pèlerinage suivant la coutume. À la fin de la fête, comme ils s’en retournaient, le jeune Jésus resta à Jérusalem à l’insu de ses parents. Pensant qu’il était dans le convoi des pèlerins, ils firent une journée de chemin avant de le chercher parmi leurs parents et connaissance. Ne le trouvant pas, ils retournèrent à Jérusalem, en continuant à le chercher. C’est au bout de trois jours qu’ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs de la Loi : il les écoutait et leur posait des questions, et tous ceux qui l’entendaient s’extasiaient sur son intelligence et sur ses réponses. En le voyant, ses parents furent frappés d’étonnement, et sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comme ton père et moi, nous avons souffert en te cherchant ! » Il leur dit : « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? » Mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait. Il descendit avec eux pour se rendre à Nazareth, et il leur était soumis. Sa mère gardait dans son cœur tous ces événements. Quant à Jésus, il grandissait en sagesse, en taille et en grâce, devant Dieu et devant les hommes.
Ce qui peut faire de nous une « Sainte Famille », c’est de recevoir cette page d’Evangile et y entendre le Seigneur nous parler de « sa » famille : obéissance des parents de Jésus à la coutume, un déplacement, un pèlerinage. Et au cœur de cette obéissance, l’expérience d’un garçon qui leur échappe déjà. « Pourquoi nous as-tu fait cela ? Nous avons souffert ». Au cœur de ce déplacement traditionnel, consentir au déplacement selon Jésus qui nous échappe. Premier fils perdu et retrouvé. Il y a aussi cette présence de Jésus au milieu des docteurs de la Loi : il écoutait et posait des questions ; les docteurs s’extasiaient devant son intelligence et ses réponses. Au cœur de ce que nous savons et que nous avons appris de cette belle et longue tradition théologique qu’est la nôtre, pouvons-nous consentir à Celui qui nous interroge toujours ? Pour lui tout fait question, comme s’il voulait tirer toute chose de son sommeil, nous rappeler l’énigme de toute chose fondée en Dieu, son Père et notre Père. Premier fils perdu au pays des réponses toute faites et retrouvé là où se disent et se reçoivent les affaires du Père. Marie, d’ailleurs, garde tout cela dans son cœur. Elle a plutôt envie de se taire et renonce à tout expliquer et à en faire des discours. Ce qui nous laisse grandir, ensemble, dans son secret, sous le regard de Dieu et celui des hommes. Bonne fête, Sainte Famille que nous sommes.
En ces jours-là, Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi. Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur.
Marie et Elisabeth attendaient le Messie ; elles étaient juives, non ? Et cette attente a basculé le jour où elles devinrent enceintes. Je crois que ce jour-là, elles n’attendaient plus le Messie : elles attendaient un enfant. Pour comprendre ou du moins entendre ce basculement, ce bouleversement, il faut le demander aux femmes. Et entre toutes les femmes, il faut le demander aux femmes de l’Evangile. Ecouter ce que Marie et Elisabeth disent de ce qui se passe, de ce qui pousse au niveau des entrailles, interprété comme venant du Seigneur. Celui qui vient n’est pas l’incarnation de nos rêves, de nos valeurs, de nos idéologies, aussi généreuses soient-elles. Une mère peut-elle rêver d’avoir un enfant qui sera crucifié ? Ou décapité ? Un enfant divin pour l’une, un tressaillement d’allégresse pour l’autre : c’est le Christ qui vient. Maurice Zundel dira dans Ta Parole comme une source : « C’est Dieu qu’il faut exaucer, ce Dieu notre enfant, ce Dieu qui veut naître de nous, ce Dieu qui cherche un berceau dans notre âme ». Il veut naître en nous parce qu’il nous traite comme ses égaux. Ah qu’elles seront belles les crèches de nos cœurs, de notre chair et de notre sang ! Cette allégresse nous est déjà offerte.