VE 441 Août-Septembre 2021 Engagement et Mission


En ce temps-là, Jésus s’en alla, ainsi que ses disciples, vers les villages situés aux environs de Césarée-de-Philippe. Chemin faisant, il interrogeait ses disciples : « Au dire des gens, qui suis-je ? » Ils lui répondirent :
« Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres, un des prophètes. » Et lui les interrogeait : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Pierre, prenant la parole, lui dit : « Tu es le Christ. » Alors, il leur défendit vivement de parler de lui à personne. Il commença à leur enseigner qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite. Jésus disait cette parole ouvertement. Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches. Mais Jésus se retourna et, voyant ses disciples, il interpella vivement Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » Appelant la foule avec ses disciples, il leur dit : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix
et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera. »
C’est une double question posée par Jésus à ses disciples. La première concerne « les gens » : au dire des gens, qui suis-je ? Les réponses sont diverses, pas très précises : c’est un prophète, mais lequel ? La deuxième s’adresse directement à eux : et vous, que dites-vous ? Pierre répond de manière très précise : tu es le Christ. Les deux questions nous disent quelque chose d’essentiel. Il est important pour les disciples de connaître ce que disent les gens, l’entourage, ce qu’ils expriment comme convictions, comme attentes, comme questions. Nous vivons dans une société ; la Bonne Nouvelle est pour tous et doit rejoindre les femmes et les hommes de ce temps dans ce qu’ils sont ; l’Eglise n’est pas faite pour elle-même, mais pour le monde. Et en même temps, il s’agit de nous : témoigner, annoncer, cela nous engage personnellement. La foi est une rencontre personnelle avec le Christ, celui qui nous appelle et envoie. Le disciple du Christ n’est pas un répétiteur, mais un croyant et un croyant crédible. Vivre ces deux dimensions inséparables nous bousculera sans doute dans notre manière de croire, de comprendre les choses et de vivre la mission. Mais nous marcherons alors sur le chemin du Christ, chemin pascal qui passe par la souffrance, le don de soi, pour aboutir à la vie.
En ce temps-là, Jésus quitta le territoire de Tyr ; passant par Sidon, il prit la direction de la mer de Galilée et alla en plein territoire de la Décapole. Des gens lui amènent un sourd qui avait aussi de la difficulté à parler, et supplient Jésus de poser la main sur lui. Jésus l’emmena à l’écart, loin de la foule, lui mit les doigts dans les oreilles, et, avec sa salive, lui toucha la langue. Puis, les yeux levés au ciel, il soupira et lui dit : « Effata ! », c’est-à-dire : « Ouvre-toi ! » Ses oreilles s’ouvrirent ; sa langue se délia, et il parlait correctement. Alors Jésus leur ordonna de n’en rien dire à personne ; mais plus il leur donnait cet ordre, plus ceux-ci le proclamaient. Extrêmement frappés, ils disaient : « Il a bien fait toutes choses : il fait entendre les sourds et parler les muets. »
Cet homme sourd qui, en plus, parlait difficilement est un homme isolé dans son monde à lui. Marc détaille les attitudes et gestes de Jésus pour libérer ses oreilles et sa langue : Effata ! Ouvre-toi. Cet homme retrouve alors toute sa place et dans la société et à la synagogue. Jésus nous signifie par là que l’homme est un être en relation. Ce sont ces relations qui le constituent comme une personne unique, aimante, capable de rencontrer l’autre et de grandir. La foi est relation avec Dieu, avec les autres, avec soi-même, avec toute la création. Pour entrer en relation, il faut savoir écouter et exprimer ce que nous vivons. Nous avons tous besoin d’ « être guéris » de ce qui nous empêche d’écouter et de prendre la parole. Nous pourrons alors reconnaître les merveilles de Dieu en nous et dans le monde.
Je relève deux évènements qui vont nous permettre de vivre ce que Jésus nous propose : la rentrée scolaire est une nouvelle étape dans la vie des enfants, des jeunes, du personnel enseignant; le mois de la Création, du 1er septembre au 4 octobre, nous invite à prendre soin de notre planète et de ses habitants. Les deux requièrent écoute, parole, engagement, relations renouvelées. Bonne rentrée à tous !

En ce temps-là, les pharisiens et quelques scribes, venus de Jérusalem, se réunissent auprès de Jésus, et voient quelques-uns de ses disciples prendre leur repas avec des mains impures, c’est-à-dire non lavées.
– Les pharisiens en effet, comme tous les Juifs, se lavent toujours soigneusement les mains avant de manger, par attachement à la tradition des anciens ; et au retour du marché, ils ne mangent pas avant de s’être aspergés d’eau, et ils sont attachés encore par tradition à beaucoup d’autres pratiques : lavage de coupes, de carafes et de plats. Alors les pharisiens et les scribes demandèrent à Jésus : « Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas la tradition des anciens ? Ils prennent leurs repas avec des mains impures. » Jésus leur répondit : « Isaïe a bien prophétisé à votre sujet, hypocrites, ainsi qu’il est écrit : Ce peuple m’honore des lèvres,
mais son cœur est loin de moi. C’est en vain qu’ils me rendent un culte ; les doctrines qu’ils enseignent ne sont que des préceptes humains. Vous aussi, vous laissez de côté le commandement de Dieu, pour vous attacher à la tradition des hommes. » Appelant de nouveau la foule, il lui disait : « Écoutez-moi tous, et comprenez bien. Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui entre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme,
voilà ce qui rend l’homme impur. » Il disait encore à ses disciples, à l’écart de la foule : « C’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses : inconduites, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. Tout ce mal vient du dedans, et rend l’homme impur. »
Les pharisiens ont raison. Il vaut mieux se laver les mains avant de passer à table. Question d’hygiène plus que de tradition. Mais est-ce une raison pour exclure les disciples et donc leur maître spirituel. Les pharisiens seraient des purs, en règle, quelle prétention, et ceux qui ne respectent pas les traditions, des impurs, des mécréants. Pas question d’en déroger. Jésus est lui-même pharisien, qui connaît bien les écritures. Est-ce honorer Dieu avec cœur que s’en tenir aux préceptes humains ? C’est tranquillisant, mais figé. La critique est facile, mais l’art est difficile. Quel accueil de l’étranger, quel dialogue, confrontation, remise en cause, ouverture d’esprit ? Que devient le plus important, le commandement de Dieu, à la fois extérieur à l’homme et en son plus intime ? C’est à ce niveau que Jésus distingue le pur et l’impur. Ne pas confondre les apparences et le fond. Faisons le rapprochement avec la paille et la poutre ainsi qu’aux attitudes de Marthe et Marie. Aujourd’hui, dépassons nos croyances, recherchons ce qui nous fait vivre, l’Esprit d’Amour en nous et chez nos frères. Relevons plutôt le merveilleux.

En ce temps-là, Jésus avait donné un enseignement dans la synagogue de Capharnaüm. Beaucoup de ses disciples, qui avaient entendu, déclarèrent : « Cette parole est rude ! Qui peut l’entendre ? » Jésus savait en lui-même que ses disciples récriminaient à son sujet. Il leur dit : « Cela vous scandalise ? Et quand vous verrez le Fils de l’homme monter là où il était auparavant !… C’est l’esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien.
Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie. Mais il y en a parmi vous qui ne croient pas. » Jésus savait en effet depuis le commencement quels étaient ceux qui ne croyaient pas, et qui était celui qui le livrerait. Il ajouta : « Voilà pourquoi je vous ai dit que personne ne peut venir à moi si cela ne lui est pas donné par le Père. » À partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et cessèrent de l’accompagner. Alors Jésus dit aux Douze : « Voulez-vous partir, vous aussi ? » Simon-Pierre lui répondit : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint de Dieu. »
Oh combien ce texte est fondamental, déterminant. Jésus vient de conclure son enseignement en milieu, disons agnostique, par cette affirmation : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle.» Il est évident qu’il n’est pas question de la prendre au 1er degré, visible, charnelle, anthropophage. Mais alors, qu’est-ce à dire ? Nous devons ruminer ce texte pour en discerner la saveur. En pleine vie publique, Jésus cherche à nous faire comprendre qu’il donne sa vie pour nous apprendre à aimer et ainsi nous rendre bienheureux. Cela n’est pas évident. C’est toute une éducation, une pédagogie. Celle des parents, des dirigeants normalement. Il vaut mieux fréquenter une personne pour en discerner la personnalité. La chair de Jésus, c’est toute son incarnation, ses actes, son sang, toutes ses paroles, sa sève, pourrait-on dire. Elle nous transforme progressivement en plénitude, dès aujourd’hui. Cet Amour est vivant, quand nous sommes en communion avec nos proches. Allons-nous aussi partir, abandonner cette joie, cette sérénité d’ores et déjà expérimentée ou au contraire la mener jusqu’au don de notre vie courante reçue par Lui, avec Lui et en Lui ? Quelle cause particulière mérite notre participation, engagement ?